A propos de Next Opera Days
L’opéra est un des champs d’expression qui s’est le plus métamorphosé ces dernières années, attirant des compositeurs en quête de nouveaux langages, tant musicaux que scéniques. En observateur de ces mutations, Ars Musica laisse la part belle, cette saison, NEXT OPERA DAYS. La programmation de cette deuxième édition explore des facettes nouvelles de cette discipline, qui cultive avec brio la rencontre avec les autres arts, offrant de nouvelles expériences d’écoute et de découvertes, bousculant nos sens et nos aprioris.
« Vous êtes notre dernière innocence. »
- Romain Gary, Lettre à l’Éléphant (1968)
Il y a au bout des tentacules du poulpe, de la truffe du chien ou des pattes de l’araignée un monde immense. Ou plutôt des mondes de sons, vibrations, courants, magnétisme et couleurs, infinis pour nous - car inaccessibles à tout jamais à nos sens.
Aujourd’hui, des philosophes comme Baptiste Morizot, Vinciane Despret ou Pascale Seys partent à la découverte des pistes animales, rappellent notre condition d’ « espèce parmi d’autres » et questionnent la dimension poétique des animaux, leur rapport à la beauté gratuite – allant ainsi à l’encontre d’une vision strictement compétitive, finaliste et productiviste de l’évolution, développée aux XIXe et XXe siècles dans un monde académique principalement rationaliste et masculin.
Hasard de la programmation ? Les différents spectacles comportent tous, dans leur dramaturgie, une présence animale. Un éléphanteau comme métaphore d’un migrant africain - métaphore naturellement attachante pour le jeune public (Fanto et Lou), un perroquet comme mémoire vivante du destin d’une ornithologue décédée (Lost & Found), une rencontre traumatique et défigurante avec un ours menant à une large réflexion anthropologique sur notre rapport aux bêtes sauvages (Fauves), ou enfin des humains qui cherchent le paradis perdu d’un temps parfaitement heureux et fuyent leur condition humaine en faveur de l’animalité (HAPPYTIME).
Hasard de la programmation... ou signe d’une préoccupation de notre temps, sur laquelle se greffe la sensibilité des artistes ? La musique étant par essence l’art de la vibration, sensible et volatile, elle ne pouvait ignorer les questionnements, voire les basculements remettant aujourd’hui en cause la vieille hiérarchie humain > animal > végétal héritée de la Renaissance – une hiérarchie qui met l’humain au sommet du monde vivant et l’en exclut par la même occasion.
Ainsi, en mettant en avant la voix des artistes, nous vous invitons à un festival ANIMAL, en lettres capitales. Car il y a urgence. Une urgence… qui dure ? Ainsi poursuivait Romain Gary dans sa Lettre à l’Éléphant :
« Il semble évident aujourd’hui que nous nous sommes comportés tout simplement envers d’autres espèces, et la vôtre en particulier, comme nous sommes sur le point de le faire envers nous-mêmes. »