Anders Hillborg

Anders Hillborg_c_Mats Lundqvist

© Mats Lundqvist

« L’inspiration, c’est pour les amateurs. » Compositeur suédois joué à travers le monde, Anders Hillborg a construit grâce à un solide métier acquis au fil des décennies une œuvre panoramique allant du piano solo (le tout récent Kamalazoo Flow, écrit pour Alexandre Kantorow) et de la musique de chambre (Duo, écrit pour Yo-Yo Ma et Emmanuel Ax) au chœur (Mouyayoum, sa pièce la plus exécutée) ou au grand orchestre (Eleven Gates, Cold Heat, Liquid Marble…).

Surtout l’orchestre ? Compositeur de grandes textures chorales ou orchestrales, il explore d’un mouvement vif des atmosphères à la fois flottantes et animées d’une énergie irrépressible. Courants sous-jacents, électricité, vibration parcourent ses partitions symphoniques, jouées par les plus grands orchestres à travers le monde (Los Angeles Philharmonic, Berlin Philharmonic, Chicago Symphony, New York Philharmonic, San Francisco Symphony, Tonhalle Orchester Zürich, Bayerishe Rundfunk Orchester, BBC Symphony Orchestra, Swedish Radio Orchestra, Oslo Philharmonic…), dirigées par les plus grand·es chef·fes (Esa-Pekka Salonen, Alan Gilbert, Gustavo Dudamel, David Zinman, Yannick Nézet-Seguin, Susanna Mälkki, Daniel Harding…) et dédiées aux plus grand·es solistes (Martin Fröst (clarinette), Anne Sofie von Otter (mezzo-soprano), Renée Fleming (soprano), Lisa Batiashvili (violon), Pekka Kuusisto (violon)…)

Hillborg perçoit et revendique une sensibilité nordique dans sa musique, affirmant, par exemple, qu’une symphonie de Sibelius pourrait parfois sembler extérieurement peu animée pour une oreille néophyte, mais que pour une oreille du Nord, elle est mise en mouvement par de puissantes forces internes propres aux contrées scandinaves.

Paralèllement à des tableaux symphoniques où le timbre de l’orchestre, châtoyant, semble parfois coloré d’une dimension électronique (alors qu’il ne l’est pas !), Hillborg est aussi un artiste du crossover. Lui qui déplorait, à l’époque de ses études au Royal College of Music de Stockholm, qu’admirer West Side Story suscitait alors un certain dédain dans les cercles contemporains, ne se refuse pas l’interaction avec toutes les musiques : rock (Bach Materia), jazz (The Strand Settings) ou hip-hop (Rap Notes).

Visant un dosage idéalement idéal entre instinct et contrôle, Anders Hillborg estime que ne pas savoir ce qu’est la composition est inhérent à la composition elle-même. Auteur d’une musique vibrante et vivifiante, il ne s’interdit rien. Son œuvre est traversée d’une virtuosité excentrique qui pousse les solistes à l’extrême autant que d’une dimension métaphysique née d’une profonde écoute intérieure. Et dans cette musique, loin des simplismes et des dogmes, la lumière et l’ombre entretiennent un dialogue ambigu – un dialogue que seul le son peut entretenir de cette exacte façon.

One clear night while the others slept, I climbed
The stairs to the roof of the house and under a sky
Strewn with stars I gazed at the sea (…) I stood in the long
Whispering night, waiting for something, a sign, the approach
Of a distant light (…)

The Strand Settings – I. Black Sea

Une nuit claire, pendant que les autres dormaient, j’ai gravi
Les marches menant au toit de la maison et, sous un ciel
Constellé d’étoiles, j’ai contemplé la mer (…) Je me tenais là, dans la longue
Nuit murmurante, attendant quelque chose, un signe, l’approche
D’une lumière lointaine (…)

Poèmes de Mark Strand – I. Mer Noire

 

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